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Sont-ce des anges qui chutent du ciel ? Ou des hommes qui s'effondrent, dansant les désastres du passé ? En s'approchant, on comprend qu'il ne s'agit pas d'un tableau ancien, mais bien d'une image récente de notre condition humaine. Car nous sommes toutes et tous des survivants de la peste noire qui, en cinq ans seulement, de 1347 à 1352, emporta plus de la moitié de la population européenne.
La peste est la plus grande catastrophe démographique de l'histoire de l'humanité. C'est à la fois un événement monstre et un événement de longue durée, qui laisse ses empreintes dans les textes et les images, mais aussi dans les archives du vivant et dans celles de la Terre. Ce livre propose de les recueillir pour éprouver la capacité des pouvoirs et des sociétés à faire face à la mort de masse.
Avec Peste noire, on parcourt une histoire-monde ouverte aux apports de l'archéologie, de la génétique et des sciences de l'environnement, débordant le récit traditionnel d'un Moyen Âge qui ne tient plus en place. Dans la tourmente épidémique, le temps se défait et se charge de nos hantises contemporaines. C'est toute l'histoire qui entre dans la danse, avec ses exigences et ses espérances. Car cette danse n'est pas macabre. Elle se place aux côtés des endeuillés pour y célébrer une poésie du savoir qui sait que le contraire de la mort n'est pas la vie, mais la vérité. -
Colonisations : notre histoire
Collectif, Pierre Singaravélou
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 15 Septembre 2023
- 9782021494150
Réunissant plus de deux cents cinquante chercheuses et chercheurs issus du monde entier, ce livre nous invite à regarder la colonisation française en face, avec les yeux des colonisés et des colonisateurs. Les meilleurs spécialistes mettent à notre disposition une connaissance profondément renouvelée de la domination coloniale, de ses formes parfois surprenantes, de ses effets dévastateurs, de ses limites longtemps ignorées, ainsi que de ses rémanences actuelles.
Dans une époque tout entière dominée par les questionnements identitaires et les affrontements mémoriels, ce livre collectif restitue de manière lucide, accessible et passionnante, la grande diversité et la complexité des situations coloniales en Afrique, en Asie, en Océanie et dans les Amériques.
De la colonisation est née une histoire à la fois riche et violente, tissée d'innombrables échanges, qui fait de nous ce que nous sommes. Colonisés et colonisateurs ont été à la fois liés et transformés à jamais par cette expérience qui retrouve ici toute sa place - à bien des égards centrale - dans l'histoire de France.
Pour déjouer les évidences et répondre aux interrogations contemporaines, cet ouvrage part du présent et remonte le fil du temps jusqu'aux sources méconnues du passé dit « précolonial ». En inscrivant le fait colonial français dans le temps long - du XXIe au XVe siècle - des relations entre la France et le reste du monde, cette histoire globale en appréhende les continuités, les ruptures et les singularités. Ainsi peut-être comprendrons-nous mieux qui nous sommes.
Direction : Pierre Singaravélou.
Coordination : Arthur Asseraf, Guillaume Blanc, Yala Kisukidi, Mélanie Lamotte. -
Le procès Pétain : Vichy face à ses juges
Julian Jackson
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 19 Janvier 2024
- 9782021462654
Pendant l'Occupation peu d'images ont autant choqué la population que la photographie du maréchal Pétain - le héros de la Première Guerre mondiale - serrant la main de Hitler le 20 octobre 1940. Pétain déclare alors au peuple français qu'il « s'engage dans la voie de la collaboration ». Il termine par ces mots : « Telle est ma politique. Mes ministres sont responsables devant moi. C'est moi seul qui serai jugé par l'Histoire ».
Cinq ans plus tard, en juillet 1945, l'heure du jugement - mais pas encore de celui de l'Histoire - est venu. Pétain est traduit devant une Haute Cour spécialement créée pour répondre de sa conduite entre la signature de l'armistice avec l'Allemagne en juin 1940 et la libération de la France en août 1944. Dans cet ouvrage qui allie la finesse de l'analyse à l'art du romancier, les trois semaines du procès de Pétain, qu'analyse Julian Jackson au jour le jour, révèlent l'une des crises les plus dramatiques de l'histoire de France au XXe siècle - ce que le procureur principal Mornet a appelé « quatre années à effacer de notre histoire ».
Comme le dira François Mauriac en 1945 : « un procès comme celui-là n'est jamais clos... Pour ses admirateurs, pour ses adversaires, Pétain restera une figure tragique, éternellement errante, à mi-chemin de la trahison et du sacrifice ». Jackson explore brillamment comment le souvenir de Pétain a hanté la conscience collective des Français jusqu'à nos jours. -
Nouvelle histoire de l'extrême droite : France 1780-2025
Collectif, Baptiste Roger-Lacan
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 10 Octobre 2025
- 9782021586954
Quand l'extrême droite est-elle née en France ? Comment s'est-elle reconfigurée au fil du temps ? Comment décrire ses organisations et ses pratiques partisanes ? Quels sont ses filiations intellectuelles, son rapport au capitalisme et ses liens avec les forces politiques étrangères connexes ?
De la contre-révolution à l'ascension du Front national, en passant par le régime de Vichy et les guerres coloniales, l'extrême droite française a toujours suivi les dynamiques propres à chaque période. Pour en raconter la longue histoire, Baptiste Roger-Lacan a rassemblé autour de lui une nouvelle génération de spécialistes qui, ces dernières années, a revisité en profondeur les recherches sur le sujet. Ils mettent en évidence, notamment, l'ancienneté de ses ancrages territoriaux et internationaux ainsi que les modes et formes d'expression de son imaginaire.
Ce livre propose ainsi le récit accessible et renouvelé d'une force politique qui n'a cessé de se redéfinir, se voulant l'expression d'une modernité alternative alors même qu'elle s'est constituée dans l'opposition aux changements. Parce que l'évolution complexe et continue des extrêmes droites a façonné le paysage politique, culturel et social de la France, c'est toute son histoire qui s'éclaire d'un nouveau jour.
Baptiste Roger-Lacan, agrégé et docteur en histoire, est chargé de recherches à la Fondation Napoléon. Enseignant à l'Institut catholique de Paris et à Sciences Po, il a publié Le Roi. Une autre histoire de la droite (Passés composés, 2025). -
Et le monde créa l'Occident : UUne nouvelle histoire des mondes anciens
Joséphine Quinn
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 3 Octobre 2025
- 9782021407143
Selon un récit encore vivace, la « civilisation » occidentale (une invention du XIXe siècle) serait le fruit de la culture et du savoir grecs et romains, disparus d'Europe pendant les Âges dits obscurs et redécouverts à la Renaissance. Dans cet ouvrage captivant, Josephine Quinn montre que ce prétendu Occident n'existerait pas sans ses influences proche-orientale, africaine, indienne et chinoise très anciennes. Cette histoire globale livre un récit enthousiasmant qui débute deux mille ans avant notre ère pour se poursuivre jusqu'au Moyen Âge.
Avec un rare talent de conteuse, l'autrice nous convie à un merveilleux voyage, une traversée des siècles fascinante, celle de millénaires de rencontres et d'échanges commerciaux, d'influences techniques, culturelles ou religieuses, d'inventions qui circulent à l'échelle mondiale.
Josephine Quinn maîtrise au plus haut point l'art du récit, nous offrant des histoires, des portraits, des détails à la fois surprenants et passionnants, avec une grande générosité. Un ouvrage magistral.
Professeure à l'université de Cambridge, Josephine Crawley Quinn est une historienne et archéologue britannique spécialiste d'histoire grecque, romaine et phénicienne. Elle travaille plus largement sur l'histoire et l'archéologie de la Méditerranée. -
La religion des morts : Comment le XIXe siècle a inventé le deuil moderne
Guillaume Cuchet
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 6 Février 2026
- 9782021541915
Le XIXe siècle a été par excellence le temps du « culte des morts », ce culte familial du souvenir et de la tombe qui a été un de ses ancrages anthropologiques et religieux les plus profonds et les plus unanimes. L'Ancien Régime n'avait rien connu de tel. Et pour cause?: son système d'inhumation était tout autre et l'essentiel était encore pour lui de prier pour les âmes des morts, pas d'aller leur rendre visite dans les cimetières. Les défunts étaient enterrés dans et autour des églises, les cimetières avaient des allures de terrains vagues, les tombes individuelles étaient rares et on ne pèlerinait que sur celles des saints.
Au XIXe siècle, tout change. Un nouveau type de cimetière émerge?: le nôtre. Propriété communale, souvent séparé des églises et des habitations, plus étendu, il accueille un nombre croissant de tombes individuelles et familiales, pour certaines monumentales. Dans ce nouvel espace les rituels se modifient?: visites fréquentes, dépôt de fleurs, recueillement, compatibles avec toutes les croyances et incroyances du siècle. Pompes funèbres et tenues de deuil envahissent l'espace public, le phénomène culminant chaque année à la Toussaint. Le culte des morts a ainsi été le grand phénomène de religion populaire du XIXe siècle, un siècle qui a eu le deuil pour religion et dont l'influence s'est prolongée fort avant dans le XXe siècle, et même jusqu'à nos jours.
Guillaume Cuchet est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et codirecteur du Centre d'histoire du XIXe siècle de la Sorbonne. Il a publié notamment Comment notre monde a cessé d'être chrétien. Anatomie d'un effondrement (Seuil, 2018). -
Dernières folies : Vieillesse et santé mentale (XIXe-XXe siècle)
Mathilde Rossigneux-Méheust, Marie Derrien
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 6 Février 2026
- 9782021481525
« Je ne suis pas fou », répète Alphonse E. à qui veut bien l'entendre. « Je ne suis pas un malade imaginaire. Je ne suis pas fou, non et non », insiste-t-il auprès du directeur de la maison de retraite où il est hébergé. En vain : il est transféré dans un hôpital psychiatrique, avant de faire le chemin en sens inverse quelques mois plus tard. Dans la France des années 1960, son parcours dit à la fois le stigmate attaché aux « vieux fous » et l'embarras des institutions face à ces situations.
Comment prendre soin des personnes âgées quand leur santé mentale inquiète ou se dégrade ? Cette question travaille la société française depuis longtemps. En observant des « vieillards égarés » dans l'espace public, des familles déroutées par les « bizarreries » de leurs parents, des médecins au chevet de « déments séniles » et des juges face à des justiciables âgés, Dernières folies explore les manières dont les troubles psychiques de la vieillesse ont été vécus, interprétés et traités du XIXe siècle aux années 1980.
À travers une histoire inédite des liens familiaux, de la psychiatrie et des politiques de soin, ce livre tisse un lien entre les expériences du passé et les enjeux du présent.
Marie Derrien est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Lille (HARTIS, IUF). Elle travaille sur l'histoire de la guerre, de la police et de la psychiatrie.
Mathilde Rossigneux-Méheust est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'Université Lumière Lyon 2 (LARHRA, IUF). Ses recherches portent sur l'histoire des classes populaires, du genre et des âges de la vie. -
Survivre : Une histoire des guerres de religion
Jérémie Foa
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 13 Septembre 2024
- 9782021181272
Dans le monde incertain des guerres de Religion (1562-1598), survivre est tout un art. Comment mentir, se déguiser, s'échapper, simuler ou dissimuler sa confession religieuse ? Comment se faufiler, tromper ou surprendre son adversaire ? Quelles sont, en somme, les tactiques pour tenir dans un monde soudain hostile, dans lequel le voisin peut dénoncer, le boucher empoisonner, votre accent vous trahir, le fils égorger, le mari mentir et la rue naguère familière devenir guet-apens ? « Car en matière de guerres intestines, écrit Montaigne, votre valet peut être du parti que vous craignez. Et lorsque la religion sert de prétexte, les parentés mêmes deviennent peu fiables ».
En s'appuyant sur des chroniques contemporaines et sur un matériau archivistique exceptionnel, cette enquête entend rendre sensible ce que fut l'expérience concrète des « tristes hommes d'après 1560 ». Parce que la guerre civile rend incertain ce qui semblait le mieux établi - l'identité des êtres et des choses, le statut des lieux, le langage lui-même -, Survivre entreprend de mettre en lumière les savoir-faire et les savoir-vivreavec le trouble. Mais ce livre n'entend pas seulement restituer au plus près des documents ce que fut l'épreuve de la guerre intestine. Il propose une relecture ambitieuse de l'ensemble des guerres de Religion, laboratoire de notre modernité, désormais envisagées au prisme de la condition d'incertitude
Jérémie Foa est maître de conférences habilité à diriger des recherches à Aix-Marseille Université, membre du laboratoire TELEMMe et spécialiste de l'histoire des guerres de Religion en Europe. Il est notamment l'auteur de Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy (La Découverte, 2021 ; Prix lycéen du livre d'histoire de Blois, 2022). -
Ces grandes figures qui ont fait l'histoire : charisme et politique au XXe siècle
Ian Kershaw
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 25 Août 2023
- 9782021488524
L'époque contemporaine a vu l'émergence de conflits planétaires. Des sociétés entières ont été bouleversées. À leur tête, des dirigeants capables de galvaniser les foules, qui détenaient un terrifiant éventail d'instruments de contrôle, de propagande et de mort.
Le nouveau livre de Ian Kershaw propose une analyse lucide et stimulante des conditions d'émergence de cette toute-puissance, en passant au crible les personnalités et les moyens d'action de ces autocrates, qu'ils agissent sur la scène mondiale (Lénine, Staline, Hitler, Mussolini) ou que leur rôle se cantonne à une échelle plus nationale (Tito, Franco). Qu'est-ce qui, chez ces individus, et à l'époque où ils vivaient, leur a permis d'exercer un pouvoir aussi illimité et meurtrier ? Et qu'est-ce qui a mis fin à cette ère de terreur ?
Rassemblant un groupe de figures contrastées, qui inclut aussi de grands dirigeants tels Churchill, de Gaulle, Adenauer, Gorbatchev, Thatcher et Kohl, Kershaw utilise sa connaissance unique du champ politique pour réfléchir à la manière dont des chefs politiques, en tout point différents, ont exercé le pouvoir et changé le monde.
Un ouvrage vif et passionnant par l'un des meilleurs analystes de l'histoire politique de du XXe siècle. -
Les volontaires : Roman familial de la Révolution française
Thomas Dodman
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 26 Septembre 2025
- 9782021554090
Gabriel Noël vient d'avoir 21 ans lorsqu'il s'engage dans les bataillons des volontaires de l'armée révolutionnaire en août 1791. C'est là que l'historien Thomas Dodman le rencontre, grâce à sa correspondance avec sa mère et sa soeur adoptives, Élisabeth Dufresne et Charlotte de Visme, sa « bonne famille » à Sommerviller en Lorraine. Élisabeth est philosophe : elle fréquente les salons de Lunéville et a élevé ses enfants avec Rousseau. Charlotte se veut « sans-culotte » et s'implique avec sa mère dans l'école du village. Gabriel, c'est un peu Émile à la guerre, soldat-citoyen pris entre ses idéaux et ses désillusions. Il restera cinq ans à l'armée avant de rentrer épouser sa soeur à Sommerviller, dont il sera le maire jusqu'à sa mort en 1850.
Fruit d'une aventure de dix ans dans les archives et les greniers, ce livre raconte trois vies à la fois singulières et normales dans une France rurale traversée par les bouleversements de la Révolution, le retour à l'ordre de l'Empire, la modernité du premier XIXe siècle. L'écriture de l'historien se coule dans les pleins et les creux des sources pour dessiner trois silhouettes dans leur époque. La citoyenneté, l'école, le patriotisme, le droit des femmes : l'avènement tortueux d'une société d'égaux se glisse dans les plis de l'intime. S'élabore ainsi, sur le temps long, une histoire sensible de la Révolution française. -
Histoire de la fatigue, du Moyen Age à nos jours
Georges Vigarello
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 3 Septembre 2020
- 9782021291919
« Stress », « burn out » ou « charge mentale » : les xxe et xxie siècles ont vu une irrépressible extension du domaine de la fatigue. Les épuisements s'étendent du lieu de travail au foyer, du loisir aux conduites quotidiennes. Une hypothèse traverse ce livre : le gain d'autonomie, réelle ou postulée, acquis par l'individu des sociétés occidentales, la découverte d'un « moi » plus autonome, le rêve toujours accru d'affranchissement et de liberté ont rendu toujours plus difficile à vivre tout ce qui peut contraindre et entraver.
Que nous est-il arrivé ?
Ce livre novateur révèle une histoire encore peu étudiée, riche de métamorphoses et de surprises, depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours. Les formes « privilégiées » de fatigues, celles qui mobilisent les commentaires, celles qui s'imposent en priorité aux yeux de tous, évoluent avec le temps. Les symptômes de la fatigue se modifient, les mots s'ajustent (« langueur », « dépérissement », « pénibilité »...), des explications se déploient, des degrés se précisent, des revendications se font jour.
Un parcours passionnant qui croise histoire du corps et de sensibilités, des structures sociales et du travail, de la guerre et du sport, jusqu'à celle de notre intimité. Pour éclairer tout autrement notre présent.
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Réparations : Combats pour la mémoire de l'esclavage (XVIIIe-XXIe siècle)
Ana Lucia Araujo
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 11 Avril 2025
- 9782021591637
L'esclavage et la traite atlantique des esclaves comptent parmi les crimes contre l'humanité les plus odieux commis à l'ère moderne. Plus de 12,5 millions d'êtres humains ont été déportés d'Afrique pour nourrir le commerce du sucre, du tabac, de l'indigo ou du café, et beaucoup ont péri sur les côtes africaines ou pendant le voyage. Lorsque l'esclavage a été aboli, il avait marqué au fer rouge les corps et les sociétés, mais, à ce jour, aucune réparation n'a été versée aux anciens esclaves ou à leurs descendants. Les pays européens n'ont jamais indemnisé leurs anciennes colonies des Amériques, dont la richesse reposait sur le travail des esclaves. De même, aucune nation africaine n'a jamais obtenu la moindre forme de réparation pour la traite atlantique des esclaves.
Pourtant, des demandes de réparations n'ont eu de cesse d'être formulées depuis le XVIIIe siècle dans des pétitions, des correspondances, des pamphlets, des discours publics, des récits d'esclaves et des plaintes judiciaires... C'est cette histoire longue et difficile que retrace Ana Lucia Araujo. S'appuyant sur les voix de divers peuples qui se sont identifiés et s'identifient encore comme des victimes de la traite atlantique, ce livre met en lumière les multiples dimensions des demandes de réparations en Europe et aux Amériques. -
De Gaulle ; une certaine idée de la France
Julian Jackson, Marie-Anne De Beru
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 22 Août 2019
- 9782021396317
S'appuyant sur une très large masse d'archives et de mémoires, Julian Jackson explore toutes les dimensions du mystère de Gaulle, sans chercher à lui donner une excessive cohérence. Personne n'avait décrit ses paradoxes et ses ambiguïtés, son talent politique et sa passion pour la tactique, son pragmatisme et son sens du possible, avec autant d'acuité et d'esprit. Des citations abondantes, éblouissantes d'intelligence, de drôlerie, de méchanceté parfois, restituent la parole de De Gaulle mais aussi les commentaires de Churchill et de tous ceux qui ont appris à le connaître, à se méfier de lui ou à s'exaspérer de son caractère vindicatif, de son ingratitude ou de ses provocations...
Aucun détail inutile ici et aucun des défauts de ces biographies-fleuves où l'on se perd, mais une narration toujours tendue, attachée aux situations politiques, intellectuelles, sociales et aux configurations géopolitiques qui éclairent une action et son moment.
Julian Jackson relit cette existence politique hors norme et son rapport à la France à la lumière des questions du passé, qu'il restitue de manière extraordinairement vivace, et de celles qui nous occupent aujourd'hui - et notamment l'histoire coloniale et l'Europe, la place de la France dans le monde, mais aussi évidemment les institutions de la Ve République. En ce sens, c'est une biographie pour notre temps.
C'est aussi une biographie à distance, par un observateur décalé qui mieux qu'aucun autre fait ressortir le caractère extravagant d'un personnage singulier à tout point de vue, extraordinairement romanesque dans ses audaces comme dans ses parts d'ombre, et dont l'héritage ne cesse de hanter la mémoire des Français.
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La cité et ses esclaves ; fictions, institution, expériences
Paulin Ismard
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 10 Octobre 2019
- 9782021363739
Ce livre vise tout d'abord à éclairer le lien étroit qui unit l'invention de la démocratie et l'esclavage en Grèce ancienne. En étudiant la façon dont est défini à Athènes l'homme-marchandise qu'est l'esclave, les formes d'organisation de son travail, ou encore le statut de sa parole dans l'espace judiciaire, il propose une analyse inédite du droit athénien de l'esclavage. Mais il entend surtout placer l'esclavage au coeur de nos réflexions sur l'expérience grecque, en éclairant la façon dont la cité des hommes libres est elle-même modelée par l'institution esclavagiste. L'imaginaire politique athénien, auquel nous associons l'expérience de l'autonomie politique, est en effet le produit de l'expérience esclavagiste. À travers l'esclavage, la cité pense et donne une forme à ses frontières, et c'est un certain rapport au corps, à l'écriture, ou à la notion même de représentation qui se trouve alors éclairé.
Mais le livre entend aussi interroger les relations souterraines qui nouent l'histoire de l'esclavage antique à notre présent. Si nous prétendons aujourd'hui, à tort et à raison, être les héritiers de l'Antiquité gréco-romaine, en quoi l'esclavage, qui fut la condition même de son développement, a-t-il contribué à écrire une part de notre histoire au point de persister jusque dans notre plus extrême modernité ? Explorant, sous la forme d'essais libres, le droit du travail, la cybernétique, ou les formes modernes de la représentation politique, mais aussi convoquant Hermann Melville ou Aimé Césaire, Paulin Ismard en arrive à la conclusion que la configuration athénienne est d'une certaine façon encore la nôtre.
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Quest-ce que lhistoire ? que font réellement les historiens, de Homère à Max Weber, une fois quils sont sortis de leurs documents et archives et quils procèdent à une « synthèse » ? Font-ils létude scientifique des diverses créations et activités des hommes dautrefois ? Leur science est-elle celle de lhomme en société ?Bien moins que cela ; la réponse à la question na pas changé depuis deux mille deux cents ans que les successeurs dAristote lont trouvée : les historiens racontent des événements vrais qui ont lhomme pour acteur. Lhistoire est un roman vrai.
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Vendre son art : De la Renaissance à nos jours
Sophie Cras, Charlotte Guichard
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 28 Mars 2025
- 9782021472110
Qu'il suscite l'engouement ou la controverse, le marché de l'art ne laisse guère indifférent. Mais, derrière les prix records et les succès spéculatifs, que sait-on vraiment du rôle qu'y jouent les artistes et leurs oeuvres ? Ni génies désintéressés ni entrepreneurs stratèges, les artistes, hommes et femmes, négocient leurs prix et leurs coûts, défendent leur art, nouent des attachements, mais rêvent aussi de publics nouveaux en inventant des formes inédites d'exposition et de vente.
Ce livre nous plonge dans l'histoire longue - depuis la Renaissance - du premier marché de l'art. Dans ce moment de transaction inaugurale, les oeuvres quittent l'atelier pour être vendues à des mécènes, marchands ou galeristes, clients familiers ou inconnus. Á l'épreuve des exigences de l'art et du marché, les oeuvres devront prouver leur valeur pour la première fois. C'est ainsi qu'entre connivence et critique, l'art participe, sans toujours y adhérer, aux déploiements du capitalisme.
Vendre son art : d'Albrecht Dürer à Frida Kahlo, d'Artemisia Gentileschi à Kehinde Wiley, un autre marché de l'art se dévoile pour la première fois sur le temps long, dans des oeuvres que ce livre fait redécouvrir et voir autrement. -
Les révoltes du ciel ; une histoire du changement climatique, XVe-XXe siècle
Jean-baptiste Fressoz, Fabien Locher
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 8 Octobre 2020
- 9782021058147
De l'aube de l'époque moderne au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales ont débattu du changement climatique, de ses causes et de ses effets sur les équilibres écologiques, sociaux, politiques. On ne se préoccupait alors ni de CO2 ni d'effet de serre. On pensait par contre que couper les forêts et transformer la planète modifieraient les pluies, les températures, les saisons. Cette question fut posée partout où l'histoire avançait à grands pas : par les Conquistadors au Nouveau Monde, par les révolutionnaires de 1789, par les savants et les tribuns politiques du XIXe siècle, par les impérialistes européens en Asie et en Afrique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Cette enquête magistrale raconte pour la première fois les angoisses et les espoirs de sociétés qui, soumises aux aléas du ciel, pensent et anticipent les changements climatiques. Elle montre que la transformation du climat fût au coeur de débats fondamentaux sur la colonisation, Dieu, l'Etat, la nature et le capitalisme et que de ces batailles ont émergé certains concepts-clés des politiques et des sciences environnementales contemporaines. Si, pendant un bref laps de temps, l'industrie et la science nous ont inculqué l'illusion rassurante d'un climat impassible, il nous faut, à l'heure du réchauffement global, affronter de nouveau les révoltes du ciel.
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Commune(s), 1870-1871 ; une traversée des mondes au XIXe siècle
Quentin Deluermoz
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 8 Octobre 2020
- 9782021393729
Depuis les analyses célèbres de Karl Marx, l'histoire de la Commune de Paris a été placée au centre de notre compréhension de l'événement révolutionnaire. Et l'espérance de "faire commune" fait aujourd'hui retour dans notre imaginaire politique.
Cet ouvrage se propose de mener l'archéologie de cette puissance d'actualisation, mais en revenant d'abord sur la force de l'événement lui-même. Le récit prend appui sur une enquête archivistique minutieuse qui permet de reconstituer, par le bas, les stratégies des acteurs, leurs luttes comme l'ouverture des possibles qui marque ces journées. L'événement dépasse dès ses débuts le cadre parisien. De la rue Julien-Lacroix aux concessions de Shanghai en passant par l'insurrection kabyle, la Croix-Rousse à Lyon ou la république des cultivateurs aux Caraïbes, le livre propose une histoire à différentes échelles, du local au global, en décrivant des interconnections multiples.
De là un essai vif et original sur l'histoire transnationale des échos entre l'espérance révolutionnaire française et les trajectoires insurrectionnelles mondiales, doublé d'une réflexion renouvelée sur les rapports entre ordre social et révolution.
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Le détail du monde ; l'art perdu de la description de la nature
Romain Bertrand
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 7 Mars 2019
- 9782021421415
Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d'une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l'aigremoine, le cirse et l'ancolie. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d'une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s'autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d'un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l'enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n'est pas que l'homme comptait peu : c'est que tout comptait infiniment. Des croquis d'Alfred Wallace aux « proêmes » de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d'un très ancien savoir sur le monde - un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s'abîme et s'apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.
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Forger le faux : Les usages de l'écrit au Moyen Age
Paul Bertrand
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 31 Janvier 2025
- 9782021494211
Si les concepts de fake news et post-vérité semblent définir notre monde contemporain, le Moyen Âge n'était-il pas déjà l'empire du faux ? De la fausse donation de Constantin aux évangiles apocryphes, des fausses reliques aux faux monnayeurs, des milliers de fausses chartes aux comptabilités trafiquées, pourquoi la tromperie semble-t-elle régner à cette époque ?
À y regarder de plus près, le faux vécu et pratiqué au Moyen Âge, loin d'être homogène, n'épouse pas nos tranchantes certitudes contemporaines. Car ces dernières tirent leurs origines d'un long cheminement qui, du XVIIe au XIXe siècle, n'a laissé de place que pour le blanc et le noir, le vrai et le faux. Il faut abandonner la notion figée de « faux médiéval », pour porter l'attention sur les « régimes de faux » et de tromperie, de forges et de forgeries. Ces derniers révèlent un rapport au savoir et à l'écrit, ainsi qu'une conception du pouvoir étonnants. Les médiévaux cherchent davantage à forger leur vie et forcer leur destin qu'à falsifier stricto sensu des documents.
En ce début du troisième millénaire, le savoir connaît une révolution comparable, avec l'explosion du numérique qui s'accompagne elle aussi d'une viralité du faux. S'interroger sur sa constitution est en creux une manière d'éclairer ce qu'est le vrai. Une réflexion nécessaire, impérieuse. -
Vies rebelles : Histoires intimes de filles noires en révolte, de radicales queers et de femmes dangereuses
Saidiya Hartman
- Le Seuil
- L'Univers Historique
- 20 Septembre 2024
- 9782021496949
Vies rebelles retrace des bribes d'existence de femmes noires, qui ont quitté le sud des États-Unis en quête d'une vie meilleure pour les villes du Nord-Est, New York et Philadelphie, entre 1890 et 1930, après l'abolition de l'esclavage.
S'appuyant sur les sources de la police, les écrits des philanthropes et des réformateurs sociaux, les archives de la justice mais aussi sur les notes prises par le jeune W.E.B. Du Bois lors de ses enquêtes, Saidiya Hartman leur donne vie, rendant à ces filles et femmes leur statut de sujet, dessinant des portraits vibrants de Noires indisciplinées, reconstituant leurs désirs, leurs efforts pour trouver la joie de vivre, leurs aspirations à la liberté, leurs élans de vie, leurs pensées, leurs corps éprouvés mais libres, leur anarchisme.
Il en résulte des histoires inoubliables, portées par une écriture exceptionnelle, qui transforment nos représentations des classes subalternes « déviantes » et de la condition noire dans les sociétés post-esclavage. Cette attention à l'infra-politique ouvre aussi d'autres généalogies aux radicalités noires et à la révolution des moeurs. Soixante-dix photographies rares et bouleversantes viennent illustrer la vie de ces femmes en marge de la société.
Saidiya Hartman est l'une des théoriciennes afro-américaines les plus réputées aux États-Unis. Elle poursuit un travail d'écriture à la frontière des sciences humaines et de la narrative non fiction qui inspire nombre de chercheurs mais aussi d'artistes. Elle est professeure à l'université de Columbia. -
Le génocide au village ; le massacre des Tutsi au Rwanda
Hélène Dumas
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 6 Mars 2014
- 9782021166866
Cette histoire « à la loupe » permet de saisir concrètement le caractère massif et fulgurant du génocide des Tutsi et les seuils de violence inédits qui ont été franchis. Fruit d'une enquête d'une dizaine d'années dans une commune du Rwanda, elle reconstitue, à travers ses lieux, ses acteurs et ses rescapés, ce déchaînement meurtrier concentré sur trois mois et révèle la très grande proximité géographique, sociale, familiale des bourreaux et de leurs victimes. Nourri des témoignages aux procès, ceux des survivants, des tueurs et des témoins, mais aussi de déambulations sur les lieux de l'extermination, le récit met en lumière les mécanismes de ces massacres de proximité et la créativité meurtrière des bourreaux qui ont assuré la redoutable efficacité du génocide ; il éclaire l'ampleur de la participation populaire, ainsi que le rôle des imaginaires de guerre défensive et d'animalisation des victimes qui ont animé les tueurs. Ce texte est aussi l'histoire de la confrontation d'un chercheur à la violence inouïe d'une parole et de la commotion produite par les traces physiques de l'extermination. À ce titre, il invite à une réflexion sur les manières de faire l'histoire d'un événement dont tant de dimensions demeurent inédites au regard des autres configurations de violence extrême.
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L'apocalypse joyeuse ; une histoire du risque technologique
Jean-baptiste Fressoz
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 23 Février 2012
- 9782021056983
Pour certains analystes, nous serions entrés, depuis peu, dans une modernité enfin réflexive, succédant à une modernité simple de la révolution scientifique puis de la révolution industrielle qui aurait été aveugles aux risques et aux effets secondaires de la civilisation technicienne sur l'environnement. Mais sommes-nous les premiers à distinguer dans les lumières éblouissantes du progrès technique, l'ombre de ses dangers ? En occultant la réflexivité environnementale des sociétés passées, ce schéma simpliste dépolitise l'histoire longue de la destruction des environnements et altère notre possibilité d'appréhender lucidement la crise environnementale actuelle. Pour éviter cette amnésie, une histoire politique du risque technologique et de sa régulation sur la longue durée était nécessaire.L'Apocalypse joyeuse expose l'entrée de la France et de la Grande-Bretagne dans la modernité industrielle (fin XVIIIe-XIXe siècle), celle des vaccins, des machines, des usines chimiques et des locomotives. Elle nous plonge au coeur des controverses vives qui surgirent autour des risques et des nuisances de ces innovations, et montre comment les critiques et les contestations furent réduites ou surmontées pour qu'advienne la société industrielle.L'histoire du risque ici racontée n'est pas celle d'une prise de conscience, mais celle de la construction d'une certaine inconscience modernisatrice.
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Une histoire de la forêt
Martine Chalvet
- Le Seuil
- L'univers Historique
- 10 Février 2011
- 9782020872348
Mystérieuse, ancestrale, sauvage ou à conquérir, la forêt fascine, effraie, attise la convoitise. La civilisation s'est construite contre, à côté mais aussi avec ces espaces largement inconnus et étranges. Lieu d'exil, de refuge et spiritualité, terrain de chasse et de jeux, la forêt nourrit l'imaginaire. Dans le même temps, réserve de matières premières et de ressources énergétiques, les bois ont permis à la population européenne de vivre et de survivre.
Martine Chalvet embrasse le temps long, de la Gaule « chevelue » des Celtes aux protestations écologiques actuelles. Elle analyse les différentes facettes des paysages forestiers, mais aussi les logiques multiples et concurrentes qui se sont affrontées autour de la possession, de la domestication et de l'exploitation des territoires boisés, enjeu économique et stratégique, source de revenus vitaux pour les uns et symbole de richesse foncière pour les autres.
Si 2011 est l'année de la forêt, ce livre lui restitue son histoire, sa grandeur comme les menaces qui pèsent sur elle.