Toucher la peinture comme la peinture vous touche : écrits et entretiens 1970-1998

À propos

«J'emploie le mot «toucher» par rapport aux notions de «dedans» et de «dehors» et dans le sens où l'emploie Molière. Je voudrais toucher la peinture comme la peinture vous touche. «La toucher», je le dis comme on aime une femme. » Lire Leroy c'est d'abord l'entendre reprendre sans fin le récit d'une vie qui recommence pour ainsi dire avec chaque tableau, chaque interlocuteur, chaque souvenir, presque avec chaque mot prononcé. Une vie qui ne sera jamais compatible avec une biographie en bonne et due forme parce qu'elle est faite d'affects et d'émotions qui mêlent intimement le passé au présent.
On ne peut parler de Leroy sans avoir à l'esprit les indications qu'il délivre dans un savant désordre, un ordre rebelle à tout programme et qui ne vaut que pour lui. Des déclarations souvent provocantes, non dénuées d'espièglerie, d'une humilité à la Rouault où s'exprime parfois par bouffées une émotion profonde liée au souvenir de personnes qui lui furent chères ou à l'urgence de ce qu'il ne peut exprimer. Leroy, quand il renonce à des développements où parfois il se perd tant ils éveillent contradiction et révolte, sait voir et faire voir avec intensité parce qu'il sait recevoir et donner. Il nous invite surtout, sans les contredire pour autant, à donner un sens plus précis à des termes qui viennent spontanément pour évoquer ses toiles, l'épaisseur, la lourdeur, l'accumulation - il préfère nous parler d'une « respiration lumineuse ».
Sa peinture serait donc cette langue de la réalité intérieure que l'on entend sans pouvoir la traduire, que l'on ressent sans pouvoir la définir, que l'on voit sans pouvoir la décrire.
Une bonne partie de ses déclarations visent à récuser les termes critiques en usage qui concernent le style, la forme, le sujet et plus encore les notions auxquelles il a pu donner l'apparence d'une caution, la sensualité flamande d'un homme du Nord en particulier qui n'est pas ce que l'on croit. Avec vivacité, impatience, il corrige et il se corrige, cherchant à dire ce qui ne peut pas être dit et qui est pourtant là, à portée du regard.
Difficile de ne pas voir en lui quelqu'un qui récuse sans façons la culture dominante de son temps, celle des sciences humaines. Celle qui a mis en cause la peinture et veut établir pour toutes choses une grille d'analyse et l'empire du concept.
Sa vie est ailleurs, avec Montaigne, Rabelais, Rimbaud, avec Proust et Joyce, avec Villon ou Virgile plus encore que Platon, avec Thomas Bernhard, Molière et Shakespeare plus encore que Samuel Beckett.



Rayons : Arts et spectacles > Peinture / Arts graphiques > Essais / Réflexions / Ecrits sur la peinture

  • EAN

    9782850350689

  • Disponibilité

    Indisponible

  • Nombre de pages

    192 Pages

  • Longueur

    20 cm

  • Largeur

    16 cm

  • Épaisseur

    1.8 cm

  • Poids

    432 g

  • Distributeur

    Belles Lettres

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Broché  

Eugène Leroy

Eugène Leroy (1910-2000) est un artiste français connu pour
ses peintures aux surfaces épaisses et expressives. Le nu est
son thème de prédilection. « Découvert » par Georg Baselitz,
son oeuvre est promue par la galerie Michael Werner. En son
honneur, la ville de Tourcoing a rebaptisé son musée des
Beaux-Arts sous le nom de MUba Eugène Leroy

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